bonjour pourquoi
à la vue d’une femme claudiquant vers nous, l’homme assis à ma droite, la cinquantaine environ, larges et belles moustaches tombantes, épaules de même, grands verres légèrement fumés sur de petits yeux de saumon, ceci expliquant peut-être cela, se lève, et de sa veste de survêtement blanche entrouverte sur ton torse nu malgré le froid, ou de son pantalon de toile noire, ou peut-être des deux à la fois, émanent des effluves de tabac refroidi – il fait froid, je l’ai dit – te voila enfin, j’en avais marre de croquer le marmot comme un con, constate-t’il d’une voix éraillée de contremaître fumeur de brunes dont tous les aigus auraient été contraints à l’exil, mais pas bien loin, par exemple dans la voix de la femme, qui explique, je suis tombée sur jeanine elle voulait un pâté alors je l’ai accompagnée. demeuré seul au pied de la statue je me demande quel immense et magnifique estomac a pu régurgiter cette part de pizza qui me fait face, intacte, la pointe dressée vers le ciel comme pour haranguer, dans une rage révolutionnaire, la purée d’anciennes frites sur laquelle elle repose plutôt qu’elle ne flotte. soudain, une chaussure de sport se matérialise dans le ciel contestataire, et la pasionaria jambon-fromage n’est plus qu’une petite planche de surf impossible à maitriser qui provoque la chute du tyran après quelques dizaines de centimètres de glissade, six moulinets du bras droit, cinq du bras gauche, vous pouvez nous faire taire mais la révolution est en marche, semblent dire dans un dernier souffle les morceaux martyrs épars. ignorants du drame qui vient de se jouer, ou tout simplement irrespectueux, quelques rires nerveux fendillent ça et là l’air glacé tandis que l’involontaire et infortuné despote, après quelques secondes de stupéfaction horizontale prononce ces mots aïe puté enculé, puis se relève à grand peine et repart en claudiquant comme la femme du début, souvenez-vous. un peu plus loin, un chien noir et touffu, comme sa maîtresse, tente en vain de s’accroupir pour chier en dépit de la laisse rouge qui le traîne sans ménagements. un enfant s’approche de moi, et me dit bonjour, je lui réponds pourquoi, ce qui le plonge dans un abime de réflexion dont il n’est toujours pas remonté lorsque, des glaçons dans le cul, je me lève et lui tapote le vertex au travers de sa capuche d’acrylique rose, sous l’oeil éloigné mais bienveillant de ses jeunes parents, avant de me mettre en quête d’un café où me reposer de toutes ces choses.